Le laboureur et ses enfants (héritage)

On ne présente pas Coluche ni les Restos du coeur

536 mots

La valeur du travail et de l’effort, magistralement mise en scène par La Fontaine, n’est plus à démontrer. Cependant, quand on voit les files d’attente devant les locaux des Restos du coeur, on ne peut s’empêcher de penser que certains, nés avec l’appétit, mais dont le ventre et l’horizon restent vides, n’auraient peut-être pas trouvé trop lourd un tout petit héritage.

Et quel que soit le contexte, rien n’empêche de s’intéresser aux particules et préverbes (séparabilité / inséparabilité), ainsi qu’à la subordination (ob, damit par exemple).

Franz K. (film)

Inutile de faire les présentations

365 mots

Le film d’Agnieszka Holland, qui vient tout juste de sortir en salle (novembre 2025), est incontestablement un beau film. L’acteur qui tient le rôle de Kafka est parfait, mais les autres aussi. On a pu lire que le père était présenté de façon caricaturale, mais Kafka ne force-t-il pas lui-même un peu le trait dans sa fameuse lettre (Brief an den Vater) ? Les autres acteurs sont eux aussi excellents. Les vues de Prague sont magnifiques.

La relation avec Felice, les longues fiançailles, la trahison de ou avec Grete Bloch, le « tribunal » de l’Askanischer Hof à Berlin, tout cela est bien saisi. En revanche, la manière de traiter la relation avec Milena comme une aventure torride, est très peu convaincante, et même un peu irritante. C’est regrettable, car c’est une période relativement brève, mais très importante dans la vie de Kafka.

Et le parti pris de faire des allers et retours dans le temps peut être très déroutant, voire générateur d’ennui, pour qui n’est pas familier de la biographie de Kafka (l’histoire de l’oncle Siegfried Löwy, le divorce d’Ottla par exemple).

Il faut, ou on peut, tout de même aller voir le film.

Ce qui n’empêchera certainement pas de consulter la grammaire de Duden pour voir comment on peut citer les titres d’oeuvres (& 1218 et 1628).

Paul Valery

« Ce toit tranquille, où marchent des colombes… »

364 mots

Le texte est apparemment difficile, mais une fois que l’on s’est imprégné du sens, et si l’on veille aux structures et à la relation entre les différents éléments de l’énoncé, à la manière dont ils s’enchaînent, s’imbriquent, se suivent, on constate que loin d’être difficile, il est en fait très porteur.

C’est aussi l’occasion de lire, ou relire, Le cimetière marin de Paul Valery.

Cambriolage au Louvre

Galerie d’Apollon

700 mots

Les lectures proposées avec cet article du Monde sont nombreuses, elles ont pour but de montrer que la pratique régulière des deux langues facilite beaucoup l’exercice de traduction.

Lorsque l’on est confronté à ce genre de texte, il est bon de maîtriser :

  • le vocabulaire de la communication (annoncer, faire savoir, un communiqué, etc.) ;
  • le discours indirect et le discours indirect libre ;
  • l’apposition.

Le pyromane

Néron (37-68)

Ce texte est long, 556 mots, et fait appel – c’est souvent le cas – à l’ensemble des connaissances grammaticales des langues de départ et d’arrivée. Il importe de s’imprégner du sens du texte et de ne pas se crisper sur une traduction « mot à mot », par exemple dans le cas de certaines structures typiquement françaises que l’on ne peut exporter telles quelles vers l’allemand. On pense notemment à la première phrase, mais pas seulement.

Enfance et adolescence à Bakou (1)

Afin de situer le lieu de ces souvenirs.

384 mots

Née à Bakou en 1905, venue en France en 1924, Banine a écrit son livre directement en français. On peut encore le trouver d’occasion. En Allemagne, il a fait récemment l’objet d’une (excellente) traduction. C’est celle qui est proposée pour ce thème, accompagnée de quelques remarques en notes.

Ces souvenirs, de l’enfance au départ pour la France, sont une lecture très intéressante: Banine observe avec humour, parfois avec ironie, le milieu dans lequel elle a grandi.

Projet de budget

Sein Name ist Pinocchio, wenn er lügt, wächst seine Nase

619 mots

Cet article du quotidien Libération présente les propositions du Premier ministre François Bayrou pour remettre à l’équilibre les finances de la France.

Aucune difficulté grammaticale dans ce texte, qui implique en revanche une certaine connaissance du vocabulaire relatif à l’économie. Il est important de lire la presse régulièrement pour se familiariser avec des sujets aussi divers que possible.

Theodor Fontane

Dünenlandschaft in Schleswig-Holstein

372 mots

Pourquoi ne pas lire ou relire le roman de Fontane, Unwiederbringlich?

Et s’agissant plus précisement du passage proposé ici en traduction, il peut être une incitation à voir ou revoir :

  • les noms de titre suivis d’un prénom ou d’un patronyme
  • la comparaison
  • certains emplois de l’accusatif et du génitif (z.B. er kam gesenkten Hauptes, die Hände in den Taschen)

Quant au texte proposé en lecture, magnifique rappel à l’ordre et magistral exemple de littérature épistolaire, que l’on pourrait d’ailleurs tout fait s’amuser à comparer à la lettre de rupture de Rodolphe à Emma Bovary, il est aussi, plus prosaïquement, l’occasion de renouer (ou nouer…) avec l »emploi de la participiale.

Crime de mimiques (1)

Jede Ähnlichkeit mit lebenden Personen wäre rein zufällig

467 mots

Le départ prochain d’Anne-Sophie Lapix, présentatrice du 20 heures sur la 2, avait été annoncé fin mai 2025. Elle sera remplacée par la journaliste Léa Salamé, l’information a été communiquée aujourd’hui 19 juin.

Voir ou revoir:

  • la date, joirs, mois, années, appositions
  • le génitif antéposé, notamment avec les noms propres (noms se terminant par certaines consonnes, -s, ß, x, z, zt)

Deutsch. Eine Liebeserklärung

Deutsche Mundarten
https://vividmaps.com/dialects-from-german-language-area-1900/

269 mots

Pour qui s’intéresse à la langue allemande, ce livre du linguiste Roland Kaehlbrandt est un plaisir de tous les instants. C’est bel et bien une déclaration d’amour dont il s’agit, et on se laisse entraîner par l’enthousiasme de l’auteur. Ni dogmatisme, ni cuistrerie, le ton est sincère.

Nul doute que si un tel livre était accessible à un large public, les classes d’allemand se rempliraient, il n’y aurait plus assez de professeurs pour répondre à la demande.

Et pour illustrer cet amour de la langue allemande, un texte de Saša Stanišić, qui, ayant fui la Yougoslavie avec sa famille en 1992, arriva en Allemagne à l’âge de 14 ans et tomba amoureux de la langue allemande grâce à un professeur qui la lui fit découvrir par les textes de Heine, comme lui un émigré. L’allemand est devenu sa langue, son écriture est le reflet, ou plutôt la forme concrète de cette histoire d’amour. En 2019, le Deutscher Buchpreis fut pour Saša Stanišić le couronnement et le commencement d’une belle histoire.

Une représentation de Phèdre

Sarcophage de Phèdre et Hippolyte – Musée du Louvre, Paris.

Le texte sera plus facile à traduire si l’on connaît l' »environnement », c’est-à-dire l’aveu que Phèdre se dispose à faire à sa confidente Oenone. L’occasion de redécouvrir la beauté des vers deRAcine.

302 mots

On peut revoir utilement l’expression du temps (prépositions, emploi de wenn et als) et le fonctionnement de l’apposition.

Le roitelet (1)

Zaunkönig (links) und Goldhähnchen (rechts)

400 mots

Jean-François Beauchemin est un écrivain canadien. Dans ce roman, il évoque la figure de son frère schizophrène.

La difficulté de ce texte n’est pas toujous où on l’attendrait. Le style est simple, fluide, il faudra éviter ce que l’on pourrait appeler la « sur-structuration »: là où les subordonnées passent bien dans une langue, elles peuvent paraître lourdes dans une autre.

Présomption d’innocence (2)

Douze hommes en colère (12 Angry Men), film de Sidney Lumet, 1957.

Suite et fin de l’article de Luc Le Vaillant sur la présomption d’innocence.

Dans une perspective plus linguistique, on peut profiter de ce texte pour revoir une fois de plus la formation des noms composés et les relatives en particulier les pronoms relatifs).

Présomption d’innocence (1)

La justice

En des temps où l’on a souvent le sentiment que les tribunaux populaires ne sont pas loin, prompts à juger et à condamner, il n’est peut-être pas inutile de rappeler l’existence de ce principe fondamental.

412 mots

Pourquoi ne pas revoir la formation des noms composés – chapitre plein de variété et de surprises.

Angela Merkel-2

Labrador retriever

377 mots.

En lecture, à la suite du texte à traduire, les résumés de différentes critiques parues dans la presse allemande au moment de la sortie du livre, proposés par le Perlentaucher.

Voir ou revoir :

  • Les pronoms relatifs
  • Le conditionnel
  • Les prépositions
  • Les participes

Angela Merkel-1

Mädchen Merkel

431 mots.

Article paru à l’occasion de la sortie en français du livre d’Angela Merkel.

L’occasion de découvrir, ou redécouvrir, toute une période de l’histoire allemande, sachant bien entendu qu’il s’agit là d’UNE perspective.

Voir ou revoir :

  • les prépositions (sens, emploi, cas requis)
  • le passif
  • le conditionnel
  • les verbes de modalité (conjugaison, emplois)

Irresponsables (l’Assemblée nationale)

L’Assemblée nationale

469 mots

Ce texte (relativement difficile) aborde les problèmes posés par le comportement des politiques responsables du destin de la France.

Voir ou revoir :

  • Les noms de pays, emploi ou non de l’article ou d’un autre déterminatif
  • L’expression de la restriction et de la concession

A la recherche du texte perdu


Ergriffen vom Abendlicht über dem Thüringer Wald schrieb Goethe an die Wand einer Jagdhütte am 6. September 1780 sechs Verse, die um die Welt gingen.
Dr. Elke Richter · 6. September 2020
https://blog-archiv.klassik-stiftung.de/ueber-allen-gipfeln-ist-ruh-goethes-bekanntestes-gedicht-wird-240-jahre-alt/

252 mots

On appréciera les « traductions » proposées par Google dans différentes langues pour la première phrase de La recherche du temps perdu, au moins aussi célèbre que le Wanderers Nachtlied de Goethe qui, à une époque où Google n’existait pas, subit quelques étonnantes métamophoses.

Ce texte bref et qui ne présente guère de difficulté pourrait être l’occasion de revoir, outre l’expression de l’injonction, les noms de pays et des langues que l’on y parle.

Yves Bonnefoy, Les tombeaux de Ravenne

En des temps de morosité intellectuelle, la réflexion sur la présence sensible et le conceptuel aère et rafraîchit l’esprit. Et la fréquentation de la poésie rassure quant à la nature humaine :

,,Voll Verdienst , doch dichterisch wohnet der Mensch auf dieser Erde » – pourquoi ne pas y croire, comme Hölderlin, même si l’on n’est pas tout à fait sûr qu’il soit l’auteur du texte In lieblicher Bläue – on est même à peu près sûr du contraire, mais qu’importe ?

Mais que la poésie n’empêche pas de veiller à tout ce qui concerne

  • l’utilisation et la traduction des participes présent et passé
  • l’apposition

Dix versions de Kafka

Dieselbe Reise, die Kafka zuerst in die Schweiz führte, dann nach Italien und nach Frankreich.

410 mots

Dans son livre, Dix versions de Kafka, Maïa Hruska évoque le destin de dix auteurs qui eurent à trouver un équilibre entre deux ou plusieurs langues, avec les enjeux, enrichissement, angoisse, liés souvent au hasard de leur naissance ou des événements historiques.

Voir ou revoir:

  • les noms de pays, et plus généralement les noms géographiques
  • le comparatif
  • les participes (identification du sens, traduction)

Mona Ozouf (Composition française – 1)

L’école de Plouha (Côtes-d’Armor, autrefois Côtes-du-Nord)

(272 mots)

Extrait de Composition française, ouvrage dans lequel Mona Ozouf développe la thématique de l’école, où l’exercice de composition française (parmi d’autres) apparaît comme un facteur d’égalité, et de la Révolution française, moteur d’une « composition française » qui n’exclut pas, ou ne devrait pas exclure, la diversité.

Voir ou revoir :

  • l’expression de l’apparence (scheinen, wie, als ob, wie wenn)
  • l’apposition
  • et, toujours, le sens et la valeur des participes.

Ariane Mnouchkine – Législatives

La photo a été prise alors que le Théâtre du Soleil venait d’accueillir, en mai 2024, un spectacle de percussions et danses traditionnelles de Corée.

Faut-il souligner le rayonnement artistique et intellectuel d’Ariane Mnouchkine, fondatrice du Théâtre du Soleil?

Le texte est assez long, 831 mots, mais ne présente pas de difficulté majeure. Il est assez simple quant aux structures. Il faut veiller, comme toujours, de s’assurer avant de traduire que l’on a bien cerné le sens des mots et des formulations.

Voir ou revoir:

  • les verbes de perception suivis d’un verbe à l’infinitif
  • les concessives
  • le comparatif (il est plus grand que son frère / il est plus fort qu’intelligent)
  • traduction de en / y

Martin Suter – 2

Zurich /Zürich (mit dem Zürichsee)

339 mots

« Melody », Diogens 2023. Die Lektüre des Romans kann man nur empfehlen. Ein spannendes Katz-und-Maus-Spiel mit dem Leser, eine sehr interessante, virtuos behandelte und variierte Thematik.

Voir ou revoir :

  • l’expression du futur proche et du passé immédiat
  • L’expression du temps (emploi de wenn et als)
  • Les compléments de temps (prépositions)
  • Faire + infinitif (voir la rubrique consacrée à cette question)

Martin Suter – 1

203 mots

Ce texte ne présente pas de difficulté particulière, hormis le fait qu’il n’est pas toujours très bien écrit. Mais il est aussi intéressant de se confronter aux approximations et aux impropriétés : cela oblige à comprendre quel était en fait le message et à prendre des décisions.

Voir ou revoir :

  • les propositions de temps —>
  • avec leurs subordonnants

La légion d’honneur

457 mots

Où il apparaît que les voies d’un président peuvent être impénétrables.

Bernard Pivot, récemment disparu, avait refusé la distinction: « C’est une prime à la notoriété et je n’ai pas envie de me retrouver avec mon petit ruban rouge devant des gens que j’admire et dont je sais qu’ils le mériteraient beaucoup plus que moi. Et, seconde raison, j’ai toujours pensé qu’un journaliste en activité ne doit pas l’accepter. Il se trouve que la gauche me l’a offerte, puis la droite, puis la gauche, et il me semble que si j’acceptais je serais un petit peu moins libre »

Certains mauvais esprits l’avaient accusé de représenter « le degré zéro » de la critique, mais n’écoutant que leur penchant au mépris, ils n’avaient pas vu, ou pas voulu voir, que Bernard Pivot n’avait jamais prétendu remplir une mission de critique littéraire, son rôle était tout autre.

S’agissant de Th. Ardisson on ne peut guère se poser la question d’un quelconque degré.

Il ne reste plus qu’à se plonger dans une grammaire, histoire de s’aérer le cerveau.

Donc voir ou revoir:

  • Comme toujours, la manière de rendre en allemand les participes présent et passé du français – chaque langue, nous le savons, a son fonctionnement propre
  • Les compléments de temps – et pourquoi pas l’ensemble des compléments circonstanciels

Bérénice (quelques remarques)

Isabelle Huppert dans le spectacle de Romeo Castellucci d’après Bérénice, de Jean Racine, Théâtre de la Ville, Paris.

On peut compléter les textes qui accompagnent le thème « Bérénice » par celui-ci :

«Bérénice» avec Isabelle Huppert, un spectacle qui fait «hélas» déjà date | Slate.fr

Ayant moi-même vu le spectacle il y a quelques jours, j’aimerais ajouter une contribution qui n’engage que moi.

Déjà que Racine n’avait pas la réputation d’être vraiment un marrant, quand il voit ça, on peut imaginer que ça le met un peu en colère. Mais bon, c’est son affaire.

Rendons d’abord justice à Romeo Castellucci : il ne prétend pas mettre en scène la pièce de Racine, mais un spectacle d’après Racine – ce n’est pas tout à fait pareil – dont le but est semble-t-il d’apporter la preuve, ou l’illustration, qu’Isabelle Huppert est une synecdoque. Je l’ignorais, et je ne crois pas être la seule. Je savais, pour l’avoir vue en scène, qu’Isabelle Huppert est une très grande actrice. Mais une synecdoque ? Je n’y aurais pas pensé. D’abord, si l’on considère le mot « synecdoque » dans son acception rhétorique, il semble que dans ce cas précis, il soit un peu inapproprié. Une chose est de connaître un mot et de l’employer à bon escient, une autre de faire étalage de vocabulaire. D’ailleurs, est-ce vraiment flatteur ? Je n’aurais pas aimé que mes élèves me définissent comme une synecdoque, d’ailleurs, aucun n’en a jamais eu l’idée – ou alors, de façon tellement dissimulée que je n’en ai par bonheur rien perçu. Mais non, je ne crois vraiment pas.

Revenons à notre synecdoque, « [l’actrice] puisqu’il faut l’appeler par son nom » – on se demande, avant d’avoir vu le spectacle, quelle drôle d’idée la prit de se lancer dans pareille aventure. Elle, merveilleuse Lioubov dans La Cerisaie d’Avignon, avant d’être une synecdoque. En dépit de l’étrange accumulation de chaises qui constituaient le décor, peut-être pour que le public, idiot par définition, comprenne bien que ces chaises sur lesquelles on pouvait encore un peu s’asseoir ne seraient bientôt plus qu’un tas de bois figurant les restes d’un monde fini.

Ici, pas de chaises.

Le décor est visuel et auditif. Le metteur en scène veut faire passer le message par un autre canal que celui de la parole.

Et pourquoi pas ? On peut montrer et faire comprendre la souffrance autrement que par des mots. Mais dans ces conditions, pourquoi Racine ? Posons la question plus précisément : pourquoi confisquer une oeuvre qui repose entre autres sur la beauté du langage ? Ce n’est très cohérent.

Mais bon, il est indispensable, pour aborder ce spectacle, d’accepter le changement de perspective.

Oublions donc le texte de Racine, de toute façon, on ne l’entend pas, ou très peu, la voix est à peine audible, ou déformée. On entend une bande-son, parfois assez réussie, c’est vrai, mais qui couvre les paroles. Si j’ai bien compris, c’est le but, puisque la souffrance de Bérénice doit être transmise autrement. Mais – voir plus haut – pourquoi Racine, puisqu’on n’a cure des mots. Ce que le metteur en scène nous donne à voir, c’est plutôt une histoire sans paroles, une pantomime. Et en pareil cas, que ce soit Racine ou le sapeur Camembert, c’est bien pareil, sauf que le sapeur Camembert ne parle pas de souffrance.

« Donner à voir », c’est un peu excessif, car on ne voit pas grand-chose, puisque tout se déroule derrière un rideau rappelant les stores occultants qui filtrent l’excès de soleil et de lumière. S’agirait-il d’illustrer l’idée qu’il y a de l’ombre chez Racine ? Si l’on en croit les propos du metteur en scène lui-même, on dirait bien que c’est ça… Mais ne sommes-nous pas très nombreux à être conscients des ténèbres raciniennes, sans le secours d’un voile occultant, et sans qu’un metteur en scène nous le présente comme une révélation, un scoop.

Ce flou, c’est dommage, car Isabelle Huppert est magnifique. Est-elle une synecdoque ? Je l’ignore, mais ce qui est sûr, c’est qu’elle sait être sur une scène, occuper la scène – la grande scène du Théâtre de la Ville, où elle est souvent seule. Sa présence est impressionnante. Tout est juste, tout est authentique. Synecdoque, peut-être, mais reine du théâtre et au théâtre, à n’en pas douter. On se dit que Titus est vraiment ballot, mais bon, là, il faut admettre qu’on est à Rome.

Tout est parfait, tout est en place. Lorsqu’elle enlace un radiateur, il faut peut-être comprendre que, dans sa solitude glaciale, elle cherche de la chaleur. C’est subtil… On échappe quand même au nounours, au doudou. Et on échappe aussi au ridicule, car Isabelle Huppert maîtrise la scène.

Pas à la fin, hélas. La fin est complètement loupée. Passons sur le fait qu’elle est sans le moindre rapport avec la fin choisie par Racine – là encore, pourquoi s’emparer de Racine pour le détruire ? Il n’était, dit-on, pas très sympathique, mais il n’avait pas mérité ça.

On assiste donc à cinq ou dix minutes d’un bégaiement ridicule, dont on se dit qu’il a dû être imposé à l’actrice, car jamais une synecdoque accepterait cela de son plein gré. Le public, supposé stupide comme toujours dans cette mise en scène, doit comprendre – à vrai dire quoi ? Que la parole de Bérénice se bloque ? Qu’elle est au-delà, ou en-deçà, de l’expression des sentiments par la parole articulée ? Qu’elle ne peut plus produire que du chaos ? Qu’elle est en train d’étouffer, de mourir, et qu’elle ne veut pas qu’on la voie mourir (« Ne me regardez pas! »), comme les bêtes qui se cachent pour mourir ? Il y avait peut-être un moyen moins ridicule de le manifester. Les bêtes ne sont jamais ridicules. Et puis pourquoi lever le rideau de brouillard juste au moment où il ne faut pas la regarder? Cela intensifierait le tragique et ferait voir la souffrance dans sa nudité ? Pardon, je me trompe, la nudité, c’étaient les sénateurs.

Le metteur en scène ne craint pas non plus le ridicule, jsutement, dans sa représentation des sénateurs. Dans la pièce de Racine, pas de sénateurs, c’est le seul Paulin qui porte leur parole, mais à aucun moment il ne montre ses fesses. Je ne dirai pas que les sénateurs se mettent tout nus, non, la perspective est autre, il faut peut-être voir là une matérialisation de l’expression d’un usage relativement moderne, « baisser son pantalon », « baisser sa culotte – ou son froc », signe de soumission, de lâcheté, de pleutrerie. Les sénateurs cèdent à la volonté du peuple romain qui ne veut pas d’une reine étrangère, à moins que, dans ce spectacle-là, ils ne cèdent à Titus aspirant à se débarrasser de Bérénice – pourtant, en principe, il ne le souhaite pas, il l’aime, Titus … Berenicem … dimisit invitus invitam – bref, ils cèdent, ils baissent leur culotte. Puis retrouvent ce qu’ils pensent être leur dignité en ceignant une allusion de toge, une idée de toge, un large ruban orange en travers de leur nudité. C’est rigolo.

On peut tout de même parler d’une certaine malhonnêteté dans la démarche. Dire que l’on peut / doit montrer la souffrance autrement que par des mots, soit. Mais pourquoi s’emparer de Racine, pourquoi l’utiliser au lieu de créer soi-même sa propre histoire sans paroles ? Pourquoi ne pas dire simplement que la lecture de Racine fut un déclencheur, une sorte d’inspiration, plutôt que nous vendre un « d’après » Racine ? Étrange démarche. Je n’ai peut-être pas tout compris.

Si l’on accepte de considérer le spectacle par rapport à un projet, on peut dire qu’en dehors de certaines idées un peu « bêbêtes », il n’est pas trop mal réussi – encore que. Cela dit, s’appuyer sur Racine pour l’envoyer à la trappe, on adhère ou on n’adhère pas.

L’ensemble repose sur les épaules d’Isabelle Huppert, et, pour répondre à la question posée un peu plus haut, elle savait qu’il en serait ainsi, et elle a accepté.

Le soir où j’ai assisté à la représentation, peu de spectateurs ont quitté la salle, cinq ou six du côté des places impaires, je n’ai pas vu ce qui se passait du côté pair. Je n’ai pas non plus entendu, pendant le spectacle, de manifestations d’agacement ou d’hilarité, ma propre concentration m’en a peut-être empêchée – je précise que je ne me suis pas ennuyée. Les applaudissements étaient polis et l’enthousiasme modéré.

Dernière représentation aujourd’hui 29 mars.

Bérénice

Frontispice de l’édition Claude Barbin (https://fr.wikipedia.org/wiki/B%C3%A9r%C3%A9nice_(Racine)#/media/Fichier:Berenice_1671_title_page.JPG)

463 mots.

Des impressions plus personnelles s’ajouteront ultérieurement aux critiques proposées avant la traduction.

Aux conseils habituels, qui ne paraîtront répétitifs qu’aux usagers régluliers, nous ajouterons celui de lire ou relire Bérénice – non une adaptation, mais bien la pièce de Jean Racine.

Inculpation disculpatoire (Raphaël Enthoven)

Albrecht Dürer, « Die apokalyptischen Reiter », Holzschnitt 1497-1498

543 mots

Dans cet article du Franc-Tireur, Raphaël Enthoven décrypte, au niveau politique, le procédé qui consiste à attaquer (accuser) pour défendre (disculper) des agissements perçus comme condamnables.

Voir ou revoir :

  • La concession, l’opposition, obwohl, während, wobei, dabei, wohingegen, etc.
  • Encore les participes, sens, emploi
  • L’expression de l’ordre
  • Et comme toujours les prépositions

L’IVG dans la Constitution

C’est très logiquement le Garde des sceaux qui procède au scellement.

568 mots

Un changement dans la Constitution, cela n’arrive pas tous les jours, on arrive à suivre…

Voir ou revoir :

  • On revient toujours aux participes, le texte en comporte un grand nombre
  • Le futur proche et le passé immédiat dans les deux langues
  • L’emploi des verbes de modalité
  • Le pronom relatif, en particulier au génitif
  • Les noms de pays (emploi de l’article)
  • Un texte comme celui-là peut être l’occasion de, ou une incitation à, revoir les institutions des deux pays.

Mozart, l’opéra woke

Papagena, bevor sie sich (in der Originalfassung) in ein schönes junges Mädchen verwandelt.

Où l’on nous explique comment certains, considérant que le public est un ramassis d’imbéciles incapables de penser par eux-mêmes et d’établir les connexions nécessaires, il est nécessaire de modifier les oeuvres: le public étant dénué du jugement et de l »esprit critique qui lui permettrait de comprendre la relation entre les oeuvres et l’époque de leur genèse, il faut adapter les oeuvres au public.

276 mots

Voir ou revoir :

  • les auxiliaires de mode (leurs différents emplois)
  • les participes

Margarete Buber-Neumann

Le texte qui suit est un extrait du livre dans lequel Margarete Buber-Neumann rapporte l’expérience de ses sept années de camp, deux ans en Sibérie et cinq ans à Ravensbrück. C’est à Ravensbrück qu’elle a connu Milena Jesenská et Germaine Tillion – entre autres.

344 mots

Voir ou revoir :

  • L’emploi, le sens, la valeur du passif en allemand
  • L’emploi de man et on
  • L’expression de l’approximation (ungefähr, etwa, an die)
  • L’association d’un adverbe (ou d’un adjectif employé comme adverbe, donc non décliné) et d’un adjectif.

Ariane Mnouchkine

Le Théâtre du Soleil à Paris XIIe

Une rencontre avec Ariane Mnouchkine, que ce soit par la lecture d’une interview ou à l’occasion d’une représentation est toujours une rencontre avec l’art, la lumière de l’intelligence, la sensibilité, l’humanité.

Le mieux, quand on peut, c’est d’assister à ses mises en scène. Elle accueille en ce moment dans son théâtre, jusqu’au 3 mars 2024, la pièce de Richard Nelson, mise en scène par Richard Nelson, avec les comédiens du Théâtre du Soleil : Notre vie dans l’Art. C’est magnifique. Les acteurs sont éblouissants, comme toujours.

https://www.theatre-du-soleil.fr/fr/notre-theatre/les-spectacles/notre-vie-dans-l-art-2023-2450

519 mots – pardon pour la transition un peu brutale, ou plutôt pour l’absence de transition.

Voir ou revoir :

  • le groupe infinitif
  • la déclinaison des masculins du type der Wille, der Glaube
  • les noms géographiques
  • l’emploi de man et de wir, la traduction de on en général
  • l’expression du temps et du lieu (compléments)
  • l’emploi de wenn et als

Madame de Staël, la Prusse

Friedrich Wilhelm III. mit Königin Luise im Park von Charlottenburg (Friedrich Georg Weisch, 1758-1828) – Quelle: https://fr.wikipedia.org/wiki/Fichier:Friedrich_Wilhelm_III_mit_K%C3%B6nigin_Luise_im_Park_von_Schloss_Charlottenburg.jpg

Quinze ans après la Révolution française, quelques mois avant le sacre de Napoléon Ier, ces réflexions de Madame de Staël sur une forme de démocratie.

325 mots

Voir ou revoir :

  • les compléments de lieu et de temps
  • la traduction des participes
  • les auxiliares de mode (conjugaison, emploi)
  • l’apposition
  • les adjectifs possessifs

Punaises de lit

435 mots

La difficulté de ce texte réside d’une part dans le choix du lexique, d’autre part dans les structures, il faut être particulièrement vigilant (il faut toujours être vigilant…) de manière à ne garder autant de fluidité que possible tout en respectant les impératifs de la langue d’arrivée.

Voir ou revoir :

  • l’apposition
  • les compléments de temps
  • les prépositions

Enseignement – remèdes miracles

Bruno Gröning (1906-1959), hier 1949 vor Tausenden von Kranken (https://www.tagblatt.ch/ostschweiz/stgallen-gossau-rorschach/scharlatan-oder-wunderheiler-ld.545557)

Un article du Canard enchaîné. 588 mots.

Voir ou revoir :

  • Verbes substantivés
  • Verbes de modalité
  • Les participes
  • La comparaison

Polina Panassenko (1)

Polina Panassenko, Tenir sa langue, 2022

Polina a quitté Moscou à l’âge de quatre ans pour venir en France (à Saint-Etienne) avec ses parents. Dès lors, la Russie, c’est pour le temps des vacances. La petite fille avait reçu le prénom Polina, comme sa grand-mère juive ukrianienne, Pessah puis Polina, qui avait fui les pogroms. En France elle est devenue Pauline, prénom francisé, cadeau et renoncement. Plus tard, elle veut redevenir Polina.

Voir ou revoir :

  • Les différentes nuances du verbe faire
  • Les participes I et II, Partizipien in attributiver Funktion, Duden Grammatik, & 829-833

La coupe du monde, l’envers du décor

Die deutsche Nationalmannschaft gegen die Zensur.

Une évocation de la coupe du monde de football sur un ton moins enthousiaste que celui des commentateurs habituels.

516 mots

Voir ou revoir :

  • le subjonctif I et le subjonctif II
  • l’expression de la concession
  • les verbes de modalité (sens, emploi, conjugaison)

Le Mage du Kremlin (1)

Vladislav Sourkov (né en 1964). C’est lui qui a inspiré à Giuliano da Empoli le personnage de Vadim Baranov.

Le Mage du Kremlin (Gallimard, 2022), était donné favori dans la course au Goncourt. Il ne l’a pas obtenu, dit-on, parce qu’il avait déjà été récompensé par le Grand Prix de l’Académie française. Il y avait pourtant eu des précédents.

Ce roman, qui n’en est pas vraiment un, présente essentiellement un intérêt documentaire, on y trouve d’abondantes informations sur l’évolution de la Russie post-URSS, sur les nouveaux Russes, l’organisation de forces parallèles et la volonté de reprise en main par un certain Vladimir Poutine. A mesure que s’affirme le pouvoir de celui qui est nommé « le tsar », l’influence de son conseiller grandit: mine de rien, ou l’air de rien, dans tous les sens du terme, Baranov/Sourkov, avec un talent quasi magique, tient les rênes autant que celui qu’il sert. Jusqu’au jour où il renonce.

Le livre s’ouvre sur l’évocation du trouble provoqué par la disparition, presque du jour au lendemain, de cet homme si puissant qui s’est comme évaporé.

348 mots

A voir ou revoir :

  • la proposition infinitive
  • les verbes de perception suivis d’un infinitif (temps)
  • les verbes de modalit
  • la comparaison

Kafka (Starobinski)

Les aiguilles de l’horloge du quartier juif vont à rebours
(Guillaume Apollinaire)

400 mots
Dans ce texte, il conviendra d’apporter un soin tout particulier au sens et à l’emploi des prépositions.

Ce texte se trouve dans un volume contenant des écrits de Jean Starobinski (1920-2019), La beauté du monde. La littérature et les arts (Quarto, Gallimard, 2016).

Le bateau ivre (1)

Anya Lauchlan – partie centrale d’un tryptique inspiré par le Bateau ivre de Rimbaud. Anya Lauchlan vit en France et en Angleterre.

258 mots

Première partie d’un texte de Raphaël Enthoven (Le Franc Tireur, n° 22), relatif à l’actualité française ne avril 2022.

Il faudra être particulièrement attentif aux structures, le texte comporte deux très longues phrases dans lesquelles il importe de ne pas perdre le contrôle.

Voir ou revoir :

  • les relatives
  • la construction des verbes

Marie NDiaye (Le bon Denis)

Une école dans un village de France, autrefois.

311 mots

Voici comment AOC présente le prochain roman de Marie NDiaye:

« C’est un grand bonheur de retrouver l’univers déroutant de Marie NDiaye, dont l’œuvre compte parmi les plus importantes aujourd’hui. Dans cette langue millimétriquement travaillée qui lui est si particulière, progresse implacablement le récit d’un « ravage », disait Lacan, entre une fille et sa mère en maison de retraite. Qui était Denis, le compagnon de cette femme durant les premières années de vie de la narratrice ? Pourquoi dit-on qu’il était bon ? Et pourquoi ne l’aurait-il pas été avec cette petite fille ? Premières pages d’un roman en cours et au titre provisoire. »

On a hâte de pouvoir le lire.

A voir ou revoir: à peu près tout…

Il faut en particulier revoir le fonctionnement

  • du discours indirect, libre ou non
  • des temps
  • de la comparaison
  • des relatives (traduction de « dont »)

Jean-Paul Delahaye – Exception consolante

Abbeville et les environs (Google maps)

446 mots

Il faut lire ce livre de Jean-Paul Delahaye. S’adressant à sa mère, il évoque ses souvenirs d’enfant pauvre et le parcours qui l’a conduit au poste de DGESCO, et qu’il met en relation avec les défis auxquels l’Education nationale est confrontée.

Voir l’interview dans Le Café pédagogique: http://www.cafepedagogique.net/lexpresso/Pages/2021/08/24082021Article637653851283805069.aspx

En complément de L’exception consolante, il faudrait lire L’école n’est pas faite pour les pauvres, aux éditions du Bord de l’eau.

Voir ou revoir :

  • les verbes de modalité, sens, emploi, et bien entendu la conjugaison
  • les verbes irréguliers
  • l’expression du futur dans un récit au passé

Rapports (CAPES, agrégation EXTERNE)

Ob trouvera dans ces rapports clairs et complets des conseils précieux pour la traduction, aussi bien du français vers l’allemand que de l’allemand vers le français.

Rien n’interdit de lire ce qui concerne les dissertations.

Sujets du CAPES externe 2020 :

s2020_capes_externe_lve_allemand_2_1306069.pdf (devenirenseignant.gouv.fr)

Rapport du jury, CAPES externe 2020 :

Microsoft Word – page_garde_CAPES EXT ALL.docx (devenirenseignant.gouv.fr)

Rapport du jury, agrégation EXTERNE 2020 (il s’agit exclusivement de l’agrégation EXTERNE) :

rapport jury agrégation externe allemand 2020 (devenirenseignant.gouv.fr)

Pour s’informer

On ne peut que recommander le site

perlentaucher.de

Ce « pêcheur de perles »  propose un panorama très intéressant de la littérature allemande, avec des résumés de critiques et des liens renvoyant aux journaux dans lesquelles elles ont été publiées.

Un moyen très agréable de se tenir au courant de ce qui se passe en littérature allemande.